Qu’est-ce que la responsabilité sociétale des entreprises (RSE) ?

La RSE ne cesse de gagner en popularité ces dernières années. Depuis la crise du Covid-19, l’intérêt des salariés pour les sujets sociaux, économiques et l’éthique augmente. Selon le dernier baromètre national de perception de la RSE en entreprise mené par Kantar pour le mouvement des entreprises de France en 2023, la responsabilité sociétale de l’entreprise (RSE) est prioritaire ou importante pour 82 % des salariés. Pour bien comprendre ce qu’est la RSE et les enjeux qui y sont associés, je vous propose dans cet article de revenir au b.a.-ba de cette notion : sa définition.

Mais en même temps que ce gain de popularité, nous sommes confrontés à un paradoxe : peu de personnes savent exactement ce que c’est. Essayez, posez la question autour de vous : “qu’est-ce que la RSE ?”. Vous vous rendrez vite compte qu’il est très courant que la personne interrogée ait un avis sur la RSE (par exemple que la RSE, c’est important, mais c’est beaucoup de greenwashing quand même.) mais sans savoir dire précisément ce que c’est.

La triste vérité, c’est que près de 23 après le Livre Vert de l’Union européenne pour promouvoir la RSE, seuls 45 % des Français ont déjà entendu parler de la RSE et moins de 1 salarié sur 2 connaît précisément les engagements de sa propre entreprise en la matière (41 %). Ce constat a été fait par Odoxa l’Observatoire de l’Innovation Responsable et Oracle France dans une étude de 2023 qui porte sur la perception de la Responsabilité Sociétale des Entreprises (RSE) en France.

C’est pourquoi, dans cet article, je vous propose de revenir au b.a.-ba de cette notion pour bien comprendre ce que sont la RSE et les enjeux qui y sont associés. Qu’est-ce que la RSE ? Quels en sont ses principes ? Quels sont ses piliers ? Quel est le but de la RSE ?


La Responsabilité sociale de l’entreprise ou responsabilité sociétale de l’entreprise (RSE, en anglais CSR pour corporate social responsibility) désigne l’ensemble des pratiques mises en place par les entreprises pour prendre en compte les enjeux environnementaux, sociaux, économiques et éthiques dans leurs activités commerciales et leurs relations avec leurs différentes parties prenantes, internes (salariés, dirigeants, actionnaires) et externes (fournisseurs, clients, autres). Dans le but de mettre en œuvre les principes du développement durable, c’est-à-dire être économiquement viable, avoir un impact positif sur la société et sur l’environnement. 

Définition

La RSE est la responsabilité d’une organisation vis-à-vis des impacts de ses décisions et activités sur la société et sur l’environnement. Pour être responsable, une entreprise va intégrer au cœur de sa stratégie et de ses préoccupations les enjeux économiques, environnementaux et sociaux de ses activités commerciales et de ses relations avec ses différentes parties prenantes. Pour cela, il est nécessaire pour l’organisation qui souhaite s’engager d’identifier, recenser, prévenir et atténuer les effets négatifs potentiels que l’entreprise peut exercer.

Le but de la RSE est de créer de la valeur à long terme pour l’entreprise, tout en contribuant positivement à la société dans son ensemble et en préservant l’environnement.

C’est pourquoi la RSE repose sur les 3 piliers du développement durable.

  1. Pilier économique : il englobe la promotion de la croissance responsable de l’entreprise à travers la qualité de service, le soutien des producteurs et fournisseurs locaux, la transparence et le paiement des factures dans les délais légaux.
  2. Pilier social : ce pilier vise à assurer l’équité sociale, la justice et le bien-être des individus au sein de la société. Il englobe des aspects tels que la diversité et l’égalité des chances, en garantissant hygiène et sécurité aux employés, en faisant respecter le droit des travailleurs et en collaborant de manière équitable avec les producteurs mondiaux.
  3. Pilier environnemental : il concerne la préservation et la protection de l’environnement, la conservation des ressources naturelles et la réduction de l’empreinte écologique. Cela inclut la lutte contre le changement climatique, la préservation de la biodiversité, la gestion durable des ressources naturelles (eau, air, sols), et la transition vers des modes de production et de consommation durables.

Ces trois piliers interagissent et se renforcent mutuellement pour promouvoir un développement qui répond aux besoins du présent sans compromettre la capacité des générations futures à répondre aux leurs.

Obtenir une définition claire et précise de la RSE a pris de nombreuses années. En effet, la notion englobe plusieurs approches et pratiques différentes : les conditions de travail au sein d’une entreprise relèvent de la RSE, l’impact des produits chimiques de votre usine sur la rivière d’à côté, c’est également de la RSE, le délai de paiement de vos factures à vos fournisseurs, c’est de la RSE, etc., etc. Le nombre de champs couvert par la RSE contribue rapidement à rendre la notion vague et floue.

Deux définitions officielles servent de référence pour bien comprendre ce qu’est la responsabilité sociale de l’entreprise, la définition de la RSE donnée par l’Union européenne et celle de la norme ISO 26000.

La RSE ou l’intégration des enjeux sociaux et environnementaux dans les activités des entreprises

En 2001, dans le Livre Vert de la Responsabilité Sociale des Entreprises, l’Union européenne a proposé une première définition de la RSE :

Un concept qui désigne l’intégration volontaire, par les entreprises, de préoccupations sociales et environnementales à leurs activités commerciales et leurs relations avec leurs parties prenantes

Cette définition de la RSE a plusieurs avantages. Déjà, elle donne la caractéristique principale d’une démarche responsable : intégrer les enjeux sociaux et environnementaux dans les préoccupations de l’entreprise. La définition précise également que la RSE est une démarche volontaire. Ce sont les entreprises qui, de leur propre initiative, décident ou non de contribuer à améliorer la société et à rendre plus propre l’environnement. Le principal objectif de l’entreprise est de générer des profits. Faire de la RSE (ou pas) arrive dans un deuxième temps comme une sorte de bonus. On peut ainsi lire plus loin dans le document : “Bien que leur responsabilité première soit de générer des profits, les entreprises peuvent en même temps contribuer à des objectifs sociaux et à la protection de l’environnement, en intégrant la responsabilité sociale comme investissement stratégique au cœur de leur stratégie commerciale, dans leurs instruments de gestion et leurs activités.”

Dans ce cadre, donner une définition officielle à la RSE sert cinq objectifs : 

  1. Lancer un large débat sur la façon dont l’Union européenne pourrait promouvoir la responsabilité sociale des entreprises au niveau tant européen qu’international
  2. Proposer un cadre pour les entreprises souhaitant s’investir dans le développement durable
  3. Encourager le développement de pratiques novatrices et exploiter au mieux les expériences existantes
  4. Améliorer la transparence et de renforcer la fiabilité de l’évaluation et de la validation des diverses initiatives réalisées en Europe
  5. Définir le rôle qui sera joué par l’UE dans la promotion de la RSE

Cette définition présente également un autre avantage majeur, elle pose les trois piliers fondamentaux d’un engagement en faveur d’un développement durable. 

Mais le Livre Vert met l’accent particulièrement sur le pilier économique : la mission principale d’une entreprise est de générer des profits et de croître. L’autre pilier mis en avant est le pilier social, d’ailleurs, une définition est donnée de ce que signifie être “socialement responsable” :

Être socialement responsable signifie non seulement satisfaire pleinement aux obligations juridiques applicables, mais aussi aller au-delà et investir « davantage » dans le capital humain, l’environnement et les relations avec les parties prenantes.  […] L’application de normes sociales dépassant les obligations juridiques fondamentales, par exemple dans le domaine de la formation, des conditions de travail ou des relations entre la direction et le personnel, peut également avoir des retombées directes sur la productivité. C’est ainsi que s’ouvre une voie permettant de gérer le changement et de concilier le développement social et une compétitivité accrue.

Il s’agit d’être socialement responsable dans le but d’accroître la productivité des salariés et la compétitivité de l’entreprise. Concernant la dimension environnementale, dans ce texte, il n’y a pas de définition précise qui est donnée, la bonne pratique conseillée est “d’encourager une amélioration des performances environnementales tout au long de leur chaîne de production et avoir davantage recours aux outils européens et internationaux liés à la gestion et aux produits”.

Cette première définition de la RSE nous indique donc la caractéristique principale d’une démarche responsable. Elle nous donne également les 3 piliers fondamentaux de la RSE. Cependant, on peut relever deux limites :

  • il n’y a pas de méthodologie concrète qui indique comment mettre en œuvre la RSE ;
  • la RSE est présentée comme étant au service du développement économique, ce qui donne l’impression qu’une démarche responsable par elle-même serait accessoire.

La RSE ou la prise en compte des effets des activités des entreprises sur la société

En 2011, la Commission européenne, dans sa 3ème Communication sur la RSE donne une nouvelle définition de la RSE et une nouvelle stratégie. La commission s’explique :

 La crise économique et ses conséquences sociales ont quelque peu mis à mal la confiance des consommateurs et le degré de confiance dans les entreprises. Elles ont cristallisé l’attention du public sur la performance sociale et éthique des entreprises. En renouvelant ses efforts pour encourager, maintenant, la RSE, la Commission vise à faire émerger des conditions favorables à une croissance durable, à un comportement responsable des entreprises et à la création d’emplois durables à moyen et long terme.

Contrairement à la première approche de 2001 qui avait pour but principal de lancer la réflexion pour déterminer d’abord comment la RSE peut contribuer à développer une économie sociale de marché hautement compétitive en Europe, la nouvelle approche se fait un peu plus sous la pression de la société civile. Des acteurs tels que les ONG, les associations, mais aussi les consommateurs sont beaucoup plus attentifs aux actions des entreprises.

La définition actualisée de la RSE donnée par la Commission européenne définit la RSE ainsi :

La responsabilité des entreprises vis-à-vis des effets qu’elles exercent sur la société.

Dans cette nouvelle définition, l’accent est mis sur les actions des entreprises, et les effets de celles-ci, et non plus sur la dimension volontaire de l’intégration ou non de la RSE par les entreprises. Cette nouvelle communication vise d’ailleurs à proposer un programme d’action. L’approche est beaucoup plus pragmatique et opérationnelle. 

Ainsi, il est par exemple demandé aux entreprises de mettre en place une méthodologie et un processus visant à recenser, prévenir et atténuer les effets négatifs potentiels que les entreprises peuvent exercer, “afin de s’acquitter pleinement de leur responsabilité sociale”. 

Le texte indique qu’un ensemble de principes et d’orientations reconnus internationalement, donnent des indications concrètes pour permettre de mettre en œuvre de manière opérationnelle une démarche RSE.

La RSE ou l’impact des décisions et activités des entreprises sur la société et l’environnement

En 2010, L’International Organisation for Standardisation (ISO) qui est l’organisation mondiale chargée d’établir les règles qui guident les échanges commerciaux à l’échelle internationale, a donné une définition de la RSE dans un document publié par son groupe de travail sur la Norme ISO 26000 pour la Responsabilité Sociale des Entreprises.

La responsabilité d’une organisation vis-à-vis des impacts de ses décisions et activités sur la société et sur l’environnement, se traduisant par un comportement éthique et transparent qui :
– contribue au développement durable, y compris à la santé et au bien-être de la société ;
– prend en compte les attentes des parties prenantes ;
– respecte les lois en vigueur et qui est en accord avec les normes internationales de comportement ; 
– est intégré dans l’ensemble de l’organisation et mis en œuvre dans ses relations.

La norme ISO 26 000 est la norme clé en RSE. Elle sert souvent de pivot central à de nombreuses entreprises pour élaborer leur stratégie RSE. En effet, cette norme ne se contente pas seulement d’énoncer les principes et les aspects clés de la responsabilité sociétale (ou sociale), elle propose également une approche pratique et une méthodologie pour son implémentation, adaptable à tout type d’organisation, qu’il s’agisse d’une entreprise, d’une ONG, d’une collectivité ou d’un syndicat.


Textes de référence


Livre Vert, Promouvoir un cadre européen pour la responsabilité sociale des entreprises, du 18.7.2001
Communication de la Commission au Parlement Européen, au Conseil, au Comité Économique et Social Européen et au Comité des Régions, du 25.10.2011
Norme ISO 26000:2010 publiée en 2010