La Terre dépasse 1,5°C pendant 12 mois consécutifs : quelle est la contribution des entreprises à cette hausse historique des températures ?

Pour la première fois de l’histoire, la planète dépasse 1,5°C de réchauffement pendant 12 mois consécutifs. L’année 2024 commence elle aussi très mal. Le mois de janvier 2024 a été le plus chaud jamais enregistré dans le monde, selon l’Observatoire européen Copernicus. Quelle est la responsabilité des entreprises dans cette trajectoire climatique ?


Le mois de janvier 2024 a été le plus chaud jamais enregistré dans le monde, avec une température moyenne de 13,14°C. Jamais, depuis le début des relevés météo, de telles températures n’ont été atteintes auparavant pour ce mois. 

Malheureusement, ce n’est pas le seul record climatique de l’année. Le dernier bulletin climatique de l’Observatoire européen Copernicus, publié le 8 février dernier, révèle également que la planète a connu un réchauffement de 1,5 degré pendant 12 mois d’affilée par rapport au climat de l’ère préindustrielle.

De février 2023 à janvier 2024, la température mondiale de l’air à la surface de la Terre a été de 1,52 °C supérieure à la période 1850-1900, dépassant ainsi le seuil de +1,5 °C défini par l’Accord de Paris en 2015. Ce accord international préconise de contenir d’ici à 2100 « l’augmentation de la température moyenne mondiale bien en dessous de 2°C au-dessus des niveaux préindustriels » et de poursuivre les efforts pour limiter cette hausse à 1,5°C.

L’objectif est d’endiguer les effets néfastes du réchauffement climatique. En effet, selon le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat de l’ONU (GIEC), franchir le seuil de 1,5°C risque de déclencher des impacts beaucoup plus graves sur les changements climatiques, notamment des sécheresses, des vagues de chaleur et des précipitations plus fréquentes et plus graves.

Le seuil de 1,5 °C de réchauffement a été franchi mais il est encore temps d’agir !

Le dépassement du seuil de +1,5 °C est un signal alarmant, mais cela ne signifie pas que l’accord de Paris est obsolète. En réalité, évaluer la moyenne du réchauffement planétaire nécessite une période beaucoup plus étendue pour être significative.

En effet, en termes de méthodologie, les experts du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC) ont souligné dans leur sixième rapport d’évaluation qu’il faudrait deux décennies de dépassement continu du seuil des 1,5 degré Celsius pour pouvoir établir de manière définitive que la barre (ou cette limite) est complètement franchie. Cette longue échelle de temps permet de gommer certains aspects de la variabilité naturelle du climat. 

Records après records, les phénomènes climatiques s’intensifient

Les records de température ne cessent de s’enchaîner, et petit à petit cela finit par ne plus étonner personne. Cependant, il ne faut pas oublier que ce ne sont pas que des chiffres (impressionnants). Cette hausse de la température a des conséquences bien concrètes sur la planète, car les phénomènes climatiques s’intensifient et s’enchaînent eux aussi.

Les océans du globe sont en surchauffe, leur température à la surface a même atteint un record de 20,96°C de température moyenne en janvier. Ces températures ont des conséquences désastreuses sur la biodiversité marine. En juin de l’année dernière, des milliers de poissons ont été retrouvés morts au Texas en raison de la chaleur de l’eau.

Les centaines de milliers de poissons retrouvés échoués sur la plage de Quintana au Texas. - Quintana Beach Country Park // Crédits : BFMTV
Les centaines de milliers de poissons retrouvés échoués sur la plage de Quintana au Texas. – Quintana Beach Country Park // Crédits : BFMTV

Ces températures sont particulièrement scrutées par les climatologues, car les océans, en tant que puits de carbone, jouent un rôle majeur de régulateur du climat. Ils absorbent plus de 90 % du réchauffement provoqué par les gaz à effet de serre.

Cette hausse des températures accélère également la fonte des plateformes de glace flottantes du Groenland et de l’Antarctique, qui sont essentielles pour retenir l’eau douce des glaciers et empêcher une augmentation importante du niveau de la mer.

L’été dernier, l’Amérique du Sud a été confrontée à l’une des pires vagues de chaleur de son histoire, avec des températures dépassant de 10 à 20 °C les normales saisonnières et des incendies ravageurs. 

Le Brésil a été frappé par une canicule d’une intensité et d’une étendue sans précédent. À Rio de Janeiro, en novembre 2023, le thermomètre a atteint un pic de 43,8 °C lundi dernier, avec une température ressentie ahurissante de 59,7 °C.

Le Chili a fait face aux incendies de forêt les plus meurtriers de son histoire récente. Dans la région côtière touristique de Valparaiso, située au centre du pays, au moins 122 personnes ont perdu la vie, des quartiers résidentiels entiers ont été réduits en cendres, des véhicules ont été consumés, et près de 26 000 hectares de terres ont été ravagés.

Cette année, l’Espagne a connu des températures avoisinant les 30 °C à la fin du mois de janvier, une vague de chaleur digne du début de l’été qualifiée d’« anomalie » par l’agence météorologique (Aemet). Dans le pays, presque une station météorologique sur deux, a enregistré des températures égales ou supérieures à 20 °C, un niveau normalement associé à la fin du mois de juin, marquant ainsi un caractère estival pour cette période hivernale.

La responsabilité des entreprises dans le dérèglement climatique

Le débat sur le dérèglement se concentre trop souvent sur les actions individuelles à mettre en place pour diminuer son empreinte carbone, et il néglige souvent le rôle prépondérant des entreprises dans les émissions mondiales de CO2. 

Mickael Correia dans son ouvrage « Criminels climatiques« , souligne pourtant que « si un Français mettait en œuvre tous les jours un ensemble d’actions allant du petit geste au réel changement de comportement individuel – tel que ne plus jamais prendre l’avion, faire systématiquement du covoiturage et manger végétarien – il n’obtiendrait une diminution de ses émissions de gaz à effet de serre que de l’ordre de 25%. » 

De même, une étude de 2019 du cabinet de conseil Carbone 4 confirme cette réalité : « même un comportement “héroïque” généralisé ne peut permettre une baisse suffisante pour respecter l’objectif de 2°C de l’accord de Paris, laquelle demande de faire disparaître 80% des émissions actuelles (au sens d’empreinte carbone) ».

Les entreprises jouent un rôle majeur dans les émissions mondiales de CO2, contribuant de manière significative au changement climatique. En 2017, un rapport de l’ONG Carbon Disclosure Project (CDP) a mis en lumière le fait que 100 entreprises seraient responsables, à elles seules, de 71 % des émissions globales de gaz à effet de serre. Et sans surprise, il s’agit principalement d’industries pétrolières. 

De manière générale, les activités industrielles et commerciales des entreprises représentent une part importante des émissions de gaz à effet de serre. Et un trop grand nombre d’entreprises continue à privilégier des méthodes de production peu respectueuses de l’environnement, exacerbant ainsi leur impact sur l’environnement.

Pour l’année 2021, en France, les différents secteurs industriels ont émis au total 414,8 millions de tonnes d’équivalent CO₂ selon le rapport CITEPA 2023. Un rebond des émissions de GES de +5,7% a été observé par rapport à l’année 2020. Ce rebond avait été particulièrement marqué pour les transports (+12,4%) et pour l’industrie (+8,2%).

L’Institut National de la Statistique et des Études Économiques (INSEE) révèle que les émissions de CO2 par secteur d’activité se répartissent ainsi pour l’année 2021 :

Ce qui donne en millions de tonnes d’équivalent CO₂ émis :

En résumé, ces données nous montrent que les secteurs qui émettent le plus de CO2 sont ceux qui utilisent massivement des énergies fossiles : ce sont donc généralement les bâtiments et le transport, notamment routier. Ensuite, vient l’agriculture, car elle génère des émissions de CO2 via la déforestation, les changements d’usage des sols, mais aussi par des émissions directes (élevage, culture du riz…). Certaines industries telles que l’extraction énergétique, la production de ciment et de métaux affichent également une empreinte carbone élevée.

Pour inverser cette tendance néfaste, des changements structurels sont indispensables. Les entreprises doivent repenser leurs modèles économiques pour réduire leur empreinte carbone et préserver la nature. Le rôle de la responsabilité sociale des entreprises (RSE) est d’accompagner les entreprises dans leur transition écologique et sociale, et de les inciter notamment à prendre des mesures pour baisser leurs émissions de CO2.